J’faisais ma ronde quand j’ai vu l’feu. Loin dans l’bois. Un gros brasier qui éclairait les arbres jusqu’aux cimes. J’me suis dit qu’un campement avait pris feu, faque j’ai quitté l’chemin pour aller voir. Pis plus j’approchais, plus j’entendais des voix.
Quand j’suis arrivé assez près pour regarder entre les arbres, j’ai senti mon sang geler. Une vingtaine d’hommes et femmes vêtus de noir entouraient l’brasier. Ils dansaient, riaient, levaient leurs coupes vers la lune comme s’ils célébraient quelque chose.
Pis ils avaient l’air heureux. Trop heureux.
Au milieu du cercle, une vieille femme tenait un objet dans ses mains. J’sais pas c’était quoi. Mais chaque fois qu’elle l’levait, les autres poussaient des cris d’joie. J’comprenais pas leurs mots. Mais j’comprenais qu’ils avaient gagné. Quelque chose.
Puis toutes les voix se sont tues d’un coup. La vieille a tourné la tête dans ma direction. J’pouvais pas voir son visage, mais j’savais qu’elle m’avait vu.
J’ai couru sans m’retourner. J’ai jamais couru aussi vite d’ma vie.
Pis encore aujourd’hui, quand j’ferme les yeux, j’entends leur chant dans l’vent. Le pire, c’est qu’en revenant aux remparts, les autres gardes m’ont demandé pourquoi j’étais sorti seul. Parce que selon eux…
Y avait jamais eu d’feu dans la forêt cette nuit-là.
— Sergov, garde de Vallaki.
Le procès pour le meurtre de Ludovick Draslov est enfin arrivé à son terme. Son cousin a été reconnu coupable et condamné devant une foule nombreuse venue assister au jugement. Pourtant, malgré le verdict, les discussions continuent dans les tavernes, les marchés et les salons. Certains affirment que la justice a été rendue, tandis que d’autres se demandent encore si toute la vérité a réellement été dévoilée. Après tout, bien des noms ont circulé au cours de l’enquête, et certains jurent que plusieurs questions demeurent sans réponse.
L’épidémie de Peau-de-Pierre continue de semer la peur à travers la Barovie. Dans plusieurs cités, les gardes ont reçu l’ordre de refuser l’entrée à quiconque présente les moindres signes de la maladie. Les portes demeurent closes, même devant des familles entières implorant refuge. Certains disent qu’il s’agit d’une mesure nécessaire pour protéger les populations. D’autres y voient une condamnation à mort pour les malheureux abandonnés à l’extérieur des remparts.
Dans les tavernes, une question revient sans cesse : les golems sont-ils la conséquence de la Peau-de-Pierre… ou seulement le premier signe d’un mal bien plus grand encore?


